Transferts de fonds de la diaspora : le Burkina à la traîne

Nigeria, Ghana, Mali, Sénégal, etc, de nombreux pays africains profitent chaque année d’énormes transferts de fonds opérés par leurs ressortissants installés hors des frontières. Le Burkina commence à leur emboîter le pas. 

Dans un rapport publié en avril dernier et intitulé, "Migrations et envois de fonds : développements récents et perspectives", la Banque mondiale a révélé que les migrants opèrent des transferts importants de fonds vers leurs pays d’origine. 
Parmi les pays africains qui ont largement profité de la contribution financière de leurs diasporas en 2016, figurent, au premier rang le Nigeria, (19 milliards de dollars) suivi du Ghana et du Sénégal ex-æquo (2 milliards de dollars) le Kenya (1,7 milliard de dollars), l’Ouganda (1,1 milliard), le Mali (0,8 milliard), l’Afrique du Sud (0,7 milliard), le Liberia (0,6 milliard) et Madagascar (0,4 milliard).
L’ensemble du volume de fonds transféré en 2016, soit au total 33 milliards de dollars, accuse une baisse de 6,1% comparativement à 2015.
Selon la Banque mondiale, les envois de fonds devraient connaitre une croissance de 3,3% à la fin de cette année, malgré l’augmentation du coût des transferts.
Quant aux fonds transférés, ils sont destinés majoritairement dans les dépenses domestiques (achat de nourriture frais de santé, scolarisation, mariage, funérailles, pèlerinage, etc.), et très peu vers l’investissement productif.
La même étude montre que des pays comme le Mali et le Sénégal recevront, dans les prochaines années, davantage plus de fonds envoyés par leurs compatriotes installés hors des frontières.
Quid du Burkina ? Avec environ 10 millions de Burkinabè vivant à l’extérieur, la contribution de cette diaspora en termes de transferts de fonds reste marginale comparativement aux autres. Lors du Forum sur la migration organisé par le ministère de l’Economie et des finances début avril 2017, on a appris que seulement 174 190 852 de dollars avaient été envoyés par les Koswétos en 2011 selon la BCEAO. Des broutilles au regard du potentiel de fonds qui pourrait être transféré et investi dans l’économie nationale
Consciente de ce gâchis financier, la ministre déléguée chargée de la Coopération, et des Burkinabè de l’extérieur, Solange Rita Agneketom, née Bogoré a entrepris dès sa nomination des concertations avec les banques et établissements financiers pour tenter de lever les freins qui nous empêchent de profiter, comme les autres pays, de la manne financière de la diaspora burkinabè.

Pourquoi le Burkina reçoit peu de fonds de ses ressortissants installés hors du pays ? Quels dispositifs incitatifs peut-on mettre en place pour faciliter les transferts de fonds ? Pourquoi les banques burkinabè s’intéressent peu à l’argent de la diaspora ? Autant de questions autour desquelles la ministre Agneketon a convié les responsables de banques le 14 août dernier dans les locaux du ministère. 
Banque de l’Habitat, SGBB, Ecobank, BICIA-B, BOA, Banque Atlantique, etc., leurs représentants ont échangé sur les causes réelles et possibles du faible volume des fonds transférés par la diaspora. "Depuis des semaines, nos compatriotes vivant en Afrique centrale éprouvent des difficultés à envoyer de l’argent" avance un banquier. Allusion à la tension apparue dans la zone CEMAC depuis plus d’un an et qui nourrit toutes les spéculations autour du F CFA d’Afrique centrale. "Nous sommes tous prêts à recevoir de l’argent venant de l’extérieur, mais pas à n’importe quelles conditions", explique un autre. "Nous sommes soumis à des procédures visant à lutter contre l’argent du terrorisme ; or de nombreux compatriotes n’ont pas de comptes bancaires dans leur pays de résidence ; donc il est difficile de contrôler l’origine de l’argent envoyé", ajoute t-il.
Autre facteur qui annihile les volontés d’investissement des Burkinabè de la diaspora évoqué lors du Forum : l’impossibilité d’obtenir un prêt auprès des banques nationales quand on réside à l’étranger même quand on est titulaire d’un compte bancaire régulièrement alimenté. Réponse quasi-unanime des banquiers : "parce si le bénéficiaire du prêt établi à l’étranger cesse de rembourser, nous n’avons aucun moyen de recouvrer notre argent". Les banques regrettent par ailleurs le manque de "patriotisme" des Burkinabè fortunés, notamment dans le secteur sportif, malgré les opérations de charmes déployées à leur égard, alors que chez "nos voisins, nous voyons bien ce que leurs sportifs fortunés font en termes d’investissements"
Le statut quo n’est toutefois plus tenable. Sous l’impulsion du ministère des Affaires étrangères, il est bien possible de faire bouger les lignes. Un participant propose l’envoi d’une mission composée de banquiers et de techniciens du ministère dans un pays voisin, histoire de s’inspirer des bonnes pratiques qui lui permettent de capter au maximum les fonds de sa diaspora.
La dynamique est maintenant enclenchée. A chacun de jouer désormais sa partition. Pour faciliter l’envoi massif de devises dans notre pays et hâter l’inclusion financière et économique des Burkinabè de l’extérieur.

JV
Kaceto.net