Taiwan : Un Burkinabè de 20 ans à la tête de deux entreprises

A des milliers de kilomètres de la mère patrie, ils sont toujours prêts à hisser haut le drapeau du Burkina Faso, dans les études comme dans les affaires. Jeunes et ambitieux, ils le sont face à l’adversité. Williams Kaboré est l’un d’eux. Etudiant non-boursier en ingénierie informatique à l’Université de Tamkang en République de Chine-Taïwan, il est également le fondateur de deux entreprises. Il s’agit de MondesAffaires.com, le site d’affaires le plus utilisé au Burkina Faso avec plus d’un millier d’annonces actives et un demi-million de pages vues par an ; et Inzaka (inzaka.com) qui permet aux utilisateurs d’acheter des marchandises en Asie sans se déplacer. Portrait !

« Le succès ne dépend pas de la famille dans laquelle on grandit mais de la conviction personnelle que l’on a ». Tel est le conseil que Williams Kaboré donne à quiconque veut se lancer dans l’entrepreneuriat. Lui qui a toujours été fasciné par les ordinateurs et appareils électroniques, depuis sa tendre enfance et qui, à l’adolescence, a été piqué par le virus de l’entrepreneuriat. « Dans ma famille, on a toujours eu une grande liberté de choix de carrière, mais mes parents m’ont toujours dit de faire la part des choses entre ce qui leur appartient et ce qui m’appartient. Et quel que soit ce que je choisis de faire, je dois toujours tout donner pour être le meilleur dans le domaine. J’avais 14 ans, mais ces conseils m’ont obligé à raisonner comme un adulte indépendant », se rappelle encore Williams Kaboré.

Mais avant de se lancer dans les affaires, le jeune Williams a appris à programmer différents types de logiciels tout en étant un fin observateur de la société. Au bout de 2 ans de réflexion et de planification, il décide de créer MondesAffaires.com après avoir convaincu ses parents de lui prêter un modeste capital de départ qui est devenu plus tard un don. « Ils étaient impressionnés par le travail accompli. Pendant 3 mois, j’étais enfermé dans ma chambre à écrire le code du site web, à planifier le développement de l’entreprise et à communiquer avec d’autres programmeurs sur Skype pour prendre des conseils », nous confie-t-il. Et ce n’est que le 27 septembre 2014 que le site a été officiellement lancé soit deux mois avant le départ du jeune entrepreneur pour la Chine-Taiwan afin d’y poursuivre ses études.

Une fois sur l’île de Formose, il fallait suivre pendant une année un cours de mandarin. Cette étape, le jeune Williams l’a franchie sans problème et aujourd’hui il parle bien le chinois-mandarin. Un atout qui lui permet aujourd’hui de jouer à l’interprète pour les commerçants et hommes d’affaires africains qui fréquentent habituellement Taiwan. Après donc ses cours de langue, il s’est inscrit à l’Université de Tamkang en ingénierie informatique. Débordé par les études en première année, il a été rejoint plus tard par deux autres associés dans l’administration de MondesAffaires.com.

Et malgré les difficultés de parcours, le jeune burkinabè dit être fier de son entreprise qui, à l’en croire, est de loin le site d’annonces le plus utilisé au Burkina Faso avec plus d’un millier d’annonces d’affaires actives et un demi-million de pages vues par an. Malgré cette performance, l’équipe veut aller plus haut et plus loin. « Nous avons un plan d’action pour les 10 prochaines années qui pourra nous assurer une meilleure intégration sur le marché burkinabè et une croissance stable en termes de nombre d’utilisateurs et de revenus. Ce qui nous permettra d’avoir les moyens pour mettre en place des services encore plus bénéfiques pour nos utilisateurs », a indiqué le fondateur de MondesAffaires.com.

En plus de cette entreprise, Williams Kaboré est également le fondateur et président de Inzaka (inzaka.com), une entreprise qui permet à ses utilisateurs d’acheter des marchandises en Asie sans se déplacer, ce, grâce à une équipe dynamique en Asie qui aide les commerçants et particuliers africains à produire les marchandises et assurer la logistique jusqu’à la destination finale. Les matériels de construction, les produits solaires, agricoles, informatiques, électroniques, industriels et les pièces auto sont les mieux vendus, selon le jeune Williams. Présent en ce moment au Burkina, il rencontre des partenaires et clients dans le but d’obtenir des accords stratégiques et finaliser la mise en place d’un certain nombre de services.

Williams Kaboré, c’est aussi une personnalité forgée à Taiwan où il a remarqué une grande différence entre la façon de penser et de travailler des Asiatiques et celle des Africains. « L’Africain typique, face à une situation délicate, essaie de fuir la réalité par divers moyens dont la religion et l’alcool principalement et n’agit pas vraiment pour résoudre le problème. Il espère qu’un miracle va se produire. Le plus souvent, ce miracle ne se produit pas et la situation s’empire. Je suis un croyant pratiquant, mais je me dis que Dieu ne viendra pas résoudre les problèmes qu’on peut résoudre nous-mêmes sinon, nous ne serions pas dotés d’un cerveau. L’Asiatique typique en revanche est permanent présent dans sa vie et ne laisse rien à l’incertitude. Face à une situation délicate, Il évalue de façon lucide et réaliste les options disponibles et applique de façon assidue la meilleure option. »

Que dire du sens élevé de patriotisme des Taiwanais ? Selon Williams Kaboré, les chinois font toujours passer l’intérêt de la nation avant leurs intérêts personnels et en presque trois ans, il affirme n’avoir pas vu encore de grève. « Quand ils sont mécontents, ils passent par des moyens formels pour le faire comprendre et si il n’y a pas de suite, ils continuent d’aller au travail mais manifestent de façon pacifique dans leur temps libre pour attirer l’attention du Gouvernement ». Comparaison n’est pas raison, mais le jeune entrepreneur pense que les Burkinabè ont du potentiel qu’ils devraient mettre au service de la nation par le travail. « Nous pouvons continuer à grever pour tout et rien mais l’expérience de nos aînés a démontré que cela n’a pas beaucoup d’effets car la solution à un bon nombre de problèmes comme le manque d’emploi est entre les mains de la jeunesse », a-t-il déclaré avant de conclure : « les eaux douces ne font pas les bons marins ».

Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net